Surdoué ou schizophrène : une distinction difficile pour les psychiatres

, par  Véronique R. , popularité : 5%

Les symptômes d’un surdoué qui va mal peut être confondus avec les symptômes d’une schizophrénie. En effet, le surdoué peut avoir des symptômes similaires à une schizophrénie, qui n’est en réalité que l’expression de sa souffrance.
Par conséquent, une personne diagnostiquée avec une schizophrénie au prime abord pourrait être en réalité une personne surdoué qui vit mal sa situation sociétale, ou dont ses capacités cognitives et/ou extra-sensorielles exacerbées se retrouvent confronté à un entourage qui ne comprend pas cette situation et où la personne se sent isolée.

Ainsi, il est davantage décelé de schizophrénies (à tort ou à raison) chez les personnes à haut potentiel, car ces personnes sont plus sensibles, plus anxieuses et plus imaginatives.
Jeanne Siaud-Facchin dit que : "Il a été en particulier montré que les surdoués montrent dans le test de personnalité de Rorschach, plus connu sous le nom de test des "taches d’encre", des caractéristiques dans les réponses qui s’apparentent à celles produites par les patients schizophrènes". Selon elle, nombreux sont les adolescents en souffrance qui ont reçu des diagnostics psychiatriques erronés.

Jeanne Siaud-Facchin est une psychologue clinicienne et psychothérapeute française. Elle a fondé Cogito’Z , des centres de « consultation psychologique intégrative » à Paris, Lyon, Marseille, Avignon, Nantes. Elle est enseignante à l’université et conférencière, et a signé plusieurs ouvrages.
L’association Zebra, centre de ressources pour surdoués a été créée à son initiative. L’association Zebra Alernative reçoit des adolescents en rupture scolaire et de vie, pour les remettre dans leur dynamique de réussite. L’association Zebr’Adultes fédère les adultes surdoués.


© Pixabay CC

Si une personne à haut potentiel a plus de risques de développer des symptômes schizophréniques ou une schizophrénie avérée, ce risque sera sans doute moindre si elle est au courant de son haut potentiel depuis l’enfance, l’a compris et accepté.

Un haut potentiel mal vécu pourrait aussi être le facteur déclenchant d’une schizophrénie dont ils hébergeaient le terrain.

Certains adolescents ou adultes surdoués vont tellement mal qu’ils se sentent étrangers à eux-mêmes et complètement déconnectés de la réalité. Marie en témoigne (rapporté lors de la conférence du docteur Gauvrit).
Extraits de la lettre de Marie :
« Mesurez-vous la souffrance à la limite du physique qu’il a fallu endurer ? Le goût du sang dans la bouche, les muscles qui se tordent et ne veulent pas retrouver leur position adéquate, ce trou au ventre, l’écrasement du corps en permanence et l’esprit qui déforme à loisir toutes choses en noirceur, putréfaction, vide et Mort. Et la peur ! »
« Destruction de soi et la folie ! Parlons-en de cette distorsion de la réalité, et quand après des années passées à se taper la tête contre les murs, à se mordre, à se vomir, à boire, à se dégrader on s’en sort, on se dit : comment ai-je pu être comme ça ? Était-ce bien moi ? »
« Toute cette souffrance est liée pour une grande part à une sensibilité exacerbée. »



Le mal être sévère d’un adulte surdoué peut évoquer la schizophrénie.
Les symptômes de la schizophrénie et leur ressemblance avec certaines caractéristiques de la précocité sont listés ci-dessous : 
* Le repli sur soi :
Le surdoué en souffrance peut chercher à éviter les contacts ou développer une phobie sociale, car il a peur de tout, se sent mal compris ou veut se protéger d’une hyperstimulation sensorielle qui l’épuise et l’affole.
* Le délire : croyances erronées : par ex. se croire suivi, penser qu’un message lu ou vu est directement dirigé vers soi-même, penser que les autres peuvent lire ses pensées et les contrôler.
L’hyper vigilance et la méfiance extrême de certains surdoués peuvent les amener à se croire en danger et à mal interpréter les attitudes et actes des gens. Certains surdoués sont partagés (et non pas dédoublés) entre observation et participation à la vie sociale : ils observent, ont l’impression de se regarder être en interaction, au lieu de participer naturellement aux échanges sans se poser de questions. Ils analysent, décortiquent les attitudes, paroles, gestes et silences, étant ainsi à l’affût du moindre danger, la moindre remarque qui pourrait les remettre en question, les « attaquer ». D’une manière générale, beaucoup de surdoués se sentent facilement méprisés et persécutés, sans qu’il n’y ait de trouble particulier. En cas de souffrance psychologique, stress intense ou dépression, cette attitude méfiante et observatrice peut conduire à des craintes de type paranoïaque et évoquer la schizophrénie.
* Les hallucinations : fait d’entendre, de voir, de ressentir, ou de goûter des choses qui n’existent pas. Dans la schizophrénie, les hallucinations de type auditif sont les plus courantes : entendre des voix.
L’hypersensibilité, l’empathie et la synesthésie du surdoué peuvent l’amener à percevoir des choses (perceptions sensorielles, bruits, intentions, ambiances) que les autres ne perçoivent pas, et dont lui-même peut douter de la réalité.
* La désorganisation de la pensée qui peut entraîner un changement de sujet rapide lors de la conversation ou un manque total de sens dans le discours. Cette désorganisation peut aussi causer un comportement inapproprié comme de l’agitation, une mauvaise hygiène et un trouble des sentiments (par ex. l’incapacité d’avoir des émotions ou une soudaine poussée de sentiments inappropriés, ou encore de la difficulté à exprimer ses sentiments).
La pensée en arborescence du surdoué peut occasionner un discours décousu, illogique, qui passe du coq à l’âne, surtout en cas de TDAH ou d’hyperémotivité.
* Les déficits cognitifs : difficultés à se concentrer, mémoriser et résoudre des problèmes.
C’est le cas des surdoués qui ont des difficultés d’attention, qui ont complètement perdu confiance en eux ou qui souffrent d’inhibition intellectuelle (lire sur ce dernier point, la conférence du docteur Gauvrit).
* Les symptômes émotionnels comme la dépression ou le comportement inadéquat peuvent aussi survenir dans la schizophrénie.
C’est le cas aussi chez le surdoué qui va mal. L’hyperémotivité est d’ailleurs un signe prégnant de précocité. Elle peut "brouiller" la pensée en cas de stress important, empêchant alors de raisonner lucidement, d’où des réactions et comportements inadéquats et excessifs.
* Le risque de suicide accru :
C’est le cas aussi chez les surdoués. Le taux de suicide et de dépression chez les adolescents surdoués est plus élevé que chez les adolescents dont l’intelligence est dans la norme.


© Flickr CC by-nc


Claire Grand, psychologue à Annecy, spécialiste de la précocité, ne compte plus les adultes surdoués ou qui semblent l’être, qui lui avouent avoir reçu un diagnostic de schizophrénie, alors qu’ils ne paraissent pas plus délirants et paranoïaques que quiconque. « Il est raisonnable de penser que nombre d’entre eux ont été victimes d’un mauvais diagnostic, ce qui est très grave, tant il est douloureux, effrayant et potentiellement destructeur de porter un tel diagnostic. », dit-elle.


Mais alors, pourquoi une personne serait-elle perçue schizophrène à tort ?

Les surdoués ne font pas les choses à moitié et sont souvent dans l’excès. Ainsi, lorsqu’un adulte surdoué est en grande souffrance, sa détresse et son attitude étrange et inadaptée peuvent atteindre des sommets.
Donc, "logiquement", après plusieurs années à errer de psychologues en psychiatres, le diagnostic tombe. Il faut savoir qu’un psychiatre est un médecin dont la fonction est de poser des diagnostics et prescrire des traitements médicamenteux. Il ne connaît généralement pas le haut potentiel et ne peut pas le reconnaître derrière des signes qui évoquent également une schizophrénie.

Jeanne Siaud-Facchin, affirme :
« Et quand la pathologie survient, être surdoué donne une coloration spécifique au tableau clinique, qu’il faut connaître pour éviter les erreurs diagnostiques. Les dérives diagnostiques sont trop fréquentes. Elles résultent de la conjonction de plusieurs facteurs : la méconnaissance des caractéristiques psychologiques de l’enfant surdoué, l’absence de formation dans le milieu médical et paramédical, les résistances idéologiques (pourquoi aider et comprendre ceux qui ont plus ?), le caractère souvent atypique du tableau clinique. »

Claire Grand conseille ainsi à toutes les personnes qui ont été diagnostiquées schizophrènes de passer un test pour vérifier si elles ne sont pas aussi surdouées, ou uniquement surdouées.




Article inspiré du site de Claire Grand, psychologue spécialisée en précocité

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