Ça se passe en psychiatrie : atteinte à l’intégrité et à la dignité des patients

, par  Véronique R. , popularité : 4%

Imaginez : Vous vivez dans un [nouveau] monde. Dans ce monde, tout ce que vous dites, toutes vos paroles sont vues et entendues comme invraisemblable. Vos paroles, quelles quel soient, n’ont plus aucune crédibilité envers autrui. Vous pouvez souffrir d’une paralysie buccale (ou autre), avoir été violé(e), être harcelé(e), vouloir exprimer un avis sur un milieu ou sur une personne, vouloir exprimer un savoir, une connaissance, etc : personne ne vous croit.



Ce monde existe : c’est celui de la psychiatrie pour les personnes atteintes de schizophrénie, mais aussi pour toutes les personnes atteintes d’une pathologie psychique. Sont donc aussi concernées les personnes ayant fait un AVC et autres pathologies neurologiques.

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Il s’agit là de toute puissance et pouvoirs acquis par les psychiatres. Il s’agit d’abus de pouvoir par certains soignants, de maltraitance physique ET psychologique, d’atteinte à l’intégrité et à la dignité des personnes.

Tous les psychiatres ne fonctionnent pas forcément comme cela. Mais de nombreux témoignages m’ont été rapporté et je vais vous livrer le contenu sidérant d’un témoignage recueilli auprès d’une jeune femme.



Témoignage

Interview de Sylvie

Les schizophrénies : Comment est apparût le phénomène physique vous handicapant ? Comme cela s’est manifesté ? Cela est-il apparût en même temps de la prise de médicaments ?

Sylvie : Ma dysarthrie (trouble de l’élocution), est apparue progressivement après 3 ans de traitement à 24 ans. Au début ,ce phénomène se présentait à une fréquence irrégulière, c’est à dire que ça disparaissait un jour ou deux. Ce trouble s’est manifesté à cause de mon traitement qui à l’époque était administré à une dose élevée. Chaque fois que je prenais mes médicaments, ces troubles semblaient plus intense encore au fil du temps.

Les schizophrénies : Comment l’avez-vous exprimé au psychiatre ? Comment as-t-il réagit ? Comment vous sentiez vous à ce moment-là ?

Sylvie : J’en ai parlé une première fois puis une deuxième fois à mon psychiatre. J’ai dis au psychiatre que j’étais privé de mon usage de la parole à cause de mon traitement. J’avais une très bonne élocution mais j’ai tout perdu à cause de ces médicaments. Mon psychiatre m’a répondu : « Ça doit être le stress , l’anxiété ». Hors pas du tout. J’ai déjà éprouvé du stress ou de l’anxiété. Ça ne se manifestait pas par une dysarthrie. J’ai apporté la notice de mon médicament avec les effets indésirables et j’ai souligné : Dysarthrie. Le psychiatre m’a supprimé ce traitement après une année et m’en a prescrit un autre mais tous les traitements expérimenté m’ont causés les mêmes désagréments. Je me sentais impuissante face à ce fléau, je ne pouvais même pas envisager de reprendre mes études.

Les schizophrénies : Pendant combien de temps êtes vous restée sans être écouté dans votre souffrance physique ? Comment avez vous vécu intérieurement cette situation ? Avez-vous tenté des poursuites judiciaires ?

Sylvie : Je suis resté 4 ans sans être écoutée, à supporter les moqueries d’autres infirmiers, de reproches et de remontrances. Je n’ai pas poursuivi en justice l’institution psychiatrique car quand vous êtes schizophrène, votre parole est remise en question, on ne vous accorde pas le bénéfice du doute. Je n’ai engagé aucune poursuite aussi car les psychiatres ont noté dans mon dossier médical que la dysarthrie était causée non pas par le traitement mais à cause de la pathologie. Ce sont des sornettes car avant d’être diagnostiqué, je m’exprimais très bien.
Le patient n’est pas respecté, je me souviens alors que j’avais été mise en isolement pour péril imminent, j’ai failli tomber dans le coma ma température était anormalement élevé. Les infirmières m’ont limite agressé, elle craignais de perdre leur place. Elle m’ont obligé à ingurgiter des quantités d’eau énormes.

Les schizophrénies : Selon vous, quelles pourrait être les solutions à cette situation dramatiques concernant les prises en charge des patients psychiques ?

Sylvie : Selon moi, on devrait proposer à chaque patient ce qu’il voudrait … que l’on change dans le milieu de la psychiatrie pour que chacun soit écouté et pris en charge plus dignement. Faire confiance au patient et ne pas lui coller une étiquette de « fou » sur le front.


Je remercie Sylvie d’avoir pris le temps de répondre à l’interview ; la communication de témoignage permet le dénoncement des mauvaises actions dans notre milieu souvent insidieux.
Sylvie est un pseudonyme utilisé afin de préserver l’anonymat.

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Vous pensez que vous n’êtes pas concerné par la problématique de la maladie psychique et que vous êtes trop « normal » pour pouvoir être concerné. Détrompez-vous. En 2014, le nombre de patient suivi en établissement psychiatrique est plus de 2,3 millions en France pour environ 67 millions de personnes vivant en France. Une maladie psychique peut se déclarer à n’importe quel moment de la vie, pour peu qu’il y ai des événements stressants, un choc émotif ou une surcharge de travail, par exemple. Vous serez aussi concerné si une personne de votre entourage proche est directement touché. Autant dire qu’une personne sur cinq est concerné par la maladie psychique, de près ou de loin.


Ce type de maltraitance n’est évidemment par le seul abus exercé en psychiatrie sur des personnes. Nous pouvons citer les contentions (le fait d’attacher au lit une personne), la mise en isolement capitonné, l’administration de force de « médicaments » qui sont en réalité de fortes drogues (dans le sens où la structure du cerveau se modifie en fonction de cette prise chimique et devient donc dépendante de cette substance pour fonctionner de façon plus ou moins « correcte », selon la vision des psychiatres et du monde de la psychiatrie. Les effets secondaires des neuroleptiques et anxiolytiques sont souvent grave, sur le long terme) légalisées rendant les patients souvent légumes, mais aussi la mise de la camisole de force dès l’entrée dans les urgences psychiatriques.


Pour les personnes concernées, ou celles qui veulent en apprendre plus, nous vous conseillons l’ouvrage Pour en finir avec la psychiatrie : Des patients témoignent . Dans ce livre, la commission Alternatives thérapeutiques du G.I.A. (Groupe Information Asiles) a rassemblé des témoignages qui décrivent les maltraitances institutionnelles psychiatriques et les ravages des psychotropes, mais qui racontent aussi des chemins possibles de guérison. Ces chemins sont aussi variés que les personnes qui témoignent sont diverses. Ce livre prend, en effet, le contre-pied des allégations répétitives et confortables de nombreux médecins psychiatres qui prétendent que maladie mentale et chronicité vont de pair. Non, même la schizophrénie n’est pas incurable ! Des membres du G.I.A. attestent ici que l’espoir est légitime, que sortir de la dépendance aux institutions psychiatriques et aux médicaments psychotropes est possible. Il présente aussi en annexe un historique du G.I.A. de ses débuts, en 1972, jusqu’en 1992, sous la forme d’un long entretien avec Philippe Bernardet (1950-2007), militant dévoué à la cause des patients en psychiatrie et devenu, par la force des choses, le meilleur juriste national et européen en matière de droit français de l’internement psychiatrique.

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