Jacques Leca, chercheur français, étudie le CBD et ses effets sur la schizophrénie

, par  Véronique R. , popularité : 6%

L’équipe d’Hexagone Vert est allé à la rencontre de Jacques Leca, un jeune chercheur et étudiant français, qui étudie l’utilisation des cannabinoïdes en médecine au sein de l’Institut National de Santé Mentale (National Institut of Mental Health) à Prague, en République Tchèque. Jacques étudie notamment le cannabidiol (CBD) et ses effets sur la schizophrénie.


Jacques, peux-tu nous présenter un peu qui tu es, et ton parcours scolaire ?

Je m’appelle Jacques, j’ai 24 ans et je suis originaire d’Aurillac.
J’ai commencé mes études par un DUT Génie Biologie option Analyses Biologiques et Biochimiques à l’IUT de La Rochelle, à la suite duquel j’ai réalisé un stage d’étude sur les cannabinoïdes au Canada, au sein du Centre de Toxicomanie et de Santé mentale. Par la suite, j’ai pris une année sabbatique pour continuer sur ces travaux, qui portaient sur un antagoniste du récepteur CB1 pour contrer l’addiction à la nicotine. Puis j’ai continué sur une Licence 3 Physiologie Animale et Neurosciences à Montpellier, et pour finnir j’ai enchainé sur le Master Neurosciences. Dans ce cadre, j’effectue mon stage de première année au sein de cet institut tchèque, avec pour sujet d’étude l’action du CBD pour diminuer et/ou atténuer les symptômes de la schizophrénie sur un modèle animal.


C’est une volonté de ta part d’avoir voulu explorer les cannabinoïdes ? Si oui, pourquoi, et comment cela t’est venu ?

A la base, dix jours après la rentrée à l’IUT de la Rochelle, je devais déjà trouver un stage pour ma deuxième année. Par simple hasard et après une utilisation succincte de cannabis récréatif, ma curiosité m’a poussée à explorer les atouts de cette plante : j’ai commencé à chercher des laboratoires travaillant sur ce sujet, et je me suis rendu au Cannabis Collège d’Amsterdam, où j’ai enfin pu trouver les réponses à mes questions. En effet, les différents échanges et documents que j’ai pu obtenir sur place m’ont confirmé l’aspect thérapeutique du cannabis, mais également soutenu dans l’idée que de vraies études scientifiques étaient réalisées dans ce domaine. A la suite de ces recherches, je me suis rapproché de l’association UFCM, pour laquelle j’ai commencé à réaliser des travaux de sensibilisation. C’est ainsi que j’ai décidé d’orienter mes sujets d’études sur le cannabis médical.


Comment es-tu arrivé à Prague, et dans quel département tu évolue ?

Je voulais absolument continuer mes travaux sur les cannabinoïdes, et, en cherchant, j’ai pu trouver l’ICCI : l’Institut International du Cannabis et des Cannabinoïdes, qui m’a réorienté sur le Docteur Palenicek, avec lequel je travaille maintenant, et qui me soutient dans mon futur projet de thèse.

Le nom du Département est Neurobiologie Expérimentale, et l’équipe du Docteur Palenicek est constituée d’un groupe d’études cliniques, et d’un groupe d’étudesprécliniques. Je fais partie du groupe d’études précliniques : avant de pouvoir réaliser des études cliniques sur les humains, il est nécessaire de réaliser des études précliniques sur les animaux. Nous sommes spécialisés dans les recherches axées sur les drogues psychédéliques, comme les nouvelles drogues synthétiques, les cannabinoides, les hallucinogènes comme le LSD, etc … Les sujets sont variés : études de l’impact des nouvelles drogues synthétiques, utilisation de la kétamine, du LSD et de la psyloscine en microdoses contres l’anxiété et la dépression mais également l’impact des cannabinoïdes dans les maladies mentales. Il y a également des recherches menées sur le sommeil, Alzheimer, et autres sujets dans l’ensemble du département.



Peux-tu nous présenter ton travail actuel ?

Nous étudions le potentiel du CBD sur les différents symptômes de la schizophrénie, que l’on induit chez le rat. On investit cela via des électroencéphalogrammes et des stimuli sonores. On étudie également ce paradigme sonore, établi chez les humains, chez les rats. L’enjeu de l’étude est de pouvoir transposer un meilleur modèle schizophrénique chez l’animal, permettant donc d’étudier de manière plus translationnelle/complète la maladie et ses traitements chez l’animal.

Comment expliques-tu le fait que certains pays soit si ouvert aux recherches sur les cannabinoïdes(et même d’autre « drogue ») et qu’en France cela soit si rare, quasi tabou ?

En France, je pense que le cannabis est moins dans la culture : cela à été prohibé depuis longtemps, diabolisé, et il y a eu beaucoup ‘d’études’ prouvant sa dangerosité. Cela peut être vrai pour la schizophrénie, pour des personnes ayant des prédispositions, tout comme son utilisation avant l’âge adulte est dangereuse, mais pas pour l’ensemble de la population arrivée à maturité neurodéveloppementale.

En plus de son image néfaste, le cannabis souffre d’une maigre connaissance du sujet de la part des professionnels de santé français : pas de formations, peu d’information et beaucoup de scepticisme. Cependant, j’ai eu des cours en master sur le système endocannabinoïde et je sens un certain intérêt actuellement sur le sujet. Ceci étant dit, il est très difficile d’utiliser les molécules issus de la plante pour des études sur le territoire, du à son illégalité. On utilise donc des ‘drogues de labo’ donc de synthèse, comme des « génériques de synthèse », pour la recherche (JW, Win,…). Afin de faire de la prévention, certaines études sont commandées pour prouver sa dangerosité sur les jeunes personnes par exemple… Mais quelques équipes en France s’intéresse au sujet, comme à Marseille et à Bordeaux, et font un travail exceptionnel.

Dans d’autres pays, ou cela à été accepté par le corps médical, il y a donc beaucoup plus opportunités pour faire de la recherche sur le sujet, comme ici à Prague, oùl’on travaille avec du THC, du CBD, du CBG. C’est beaucoup plus naturel de le réaliser ici, et la législation française est toujours un frein à la recherche sur le territoire. Il est également très difficile d’obtenir des fonds de la part des investisseurs pour étudier le sujet, dû à son classement en tant que drogue.

On passe donc à côté de certaines choses : ici on étudie le micro-dosage de psylosibine, pour ses effets anxiolytique et anti-dépressant, et les résultats se présentent comme positifs. On est donc face à un certain bridage du corps médical français sur le sujet, au détriment des patients.

Jacques Leca, jeune chercheur français


Comment les tchèques voient le chanvre dans leur vie de tous les jours ?

Ici, on peut trouver des produits issus du chanvre dans de nombreux magasins divers et variés : protéines, graines, vêtements, etc…. Leur culture sur le sujet est plus grande et les tchèques connaissent ses multiples utilisations : complément alimentaire, cosmétiques, construction, etc…. Beaucoup plus accepté dans la société, ils sont plus éduqués et plus renseignés sur le sujet.

Concernant le cannabis, les tchèques consomment de façon récréative et médicale.


Que penses-tu des capacités des cannabinoïdes dans notre médecine ?

Je pense que si justement on arrive, comme disait le Professeur Meiri au colloque l’année dernière, à lister et référencer les effets des milliers d’association possibles de cannabinoÏdes/terpènes/méthodes d’extractions/ méthodes d’utilisations, les possibilités seront multiples. On manque encore d’études sur les autres cannabinoïdes moins connu (CBG,CBN,…) et leur différentes association avec les multiples terpènes.

On est donc face à une ressource quasi infinie de possibilités d’utilisation et d’application, grâce aux multiples associations possibles. Cela représente énormément de travail, et c’est une des sources de ma motivation à étudier le sujet. Derrière cette plante interdite, se cache un énorme potentiel.


Que penses-tu des capacités des cannabinoïdes dans les maladies mentales ?

Les maladies mentales sont comme des maladies physiques, mais au lieu de proposer des douleurs physiques et émotionnelles, elle propose des douleurs avec une dimension ‘émotionnelle et comportementale anormale’. Ces maladies peuvent se déclencher le plus souvent durant l’enfance et à l’adolescence, mais également à n’importe quel âge. Leurs symptômes sont beaucoup plus compliqués à traiter mais il existe de nombreuses possibilités d’améliorations. Et particulièrement grâce aux cannabinoïdes, comme le CBD, qui permettrait de diminuer les crises psychotique, alors que de l’autre cote son cousin le THC peut les déclencher.

C’est un sujet très compliqué, avec des nombreux facteurs : environnementaux, génétiques, etc… Les médicaments actuels, comme certains cannabinoïdes, permettent de traiter une partie des symptômes, mais pas tous : on parle surtout d’amélioration. Je pense que les cannabinoides pourront améliorer certains symptômes, et la qualité de vie des personnes concernées.

Toutes les molécules contenues dans le cannabis et l’aire de recherche scientifique actuelle est assez nouvelle, grâce à l’arrivée d’internet et l’émancipation des technologies : nous n’en sommes qu’au commencement. A cote de cela, les progrès de la génétique récents (années 2000) permettent d’accélérer les recherches sur toutes les maladies. Le cannabis, comme d’autres plantes avec des effets thérapeutiques ont encore peu eu la chance de s’exprimer en tant qu’alternative pour améliorer les symptômes de ces pathologies.

Le système endocannabinoïde a souvent été oublié dans la recherche en général, et cela est bien dommage car il est impliqué dans de nombreux mécanismes physiologiques, qu’on maitrise peu actuellement, et qui peuvent être la clé de nombreuses énigmes médicales. On commence à découvrir des récepteurs qui pourraient avoir des affinités avec les cannabnoïdes, ce qui permettrait de mettre en place des applications très intéressantes sur des sujets importants, comme le cancer.


Que penses-tu de l’état actuel du cannabis en France ?

J’étais content sur le lancement des débats sur le cannabis d’octobre-novembre dernier, qui se sont en fait transformés en contraventionalisation… Il est important de faire prendre conscience au corps politique qu’il est impensable de mettre des amendes à des patients utilisant le cannabis pour se soulager ou se soigner. J’invite d’ailleurs l’Assemblé Nationale à monter un consortium de scientifiques afin de proposer un rapport sur l’état préclinique et cliniques des recherches sur le système endocannabinoïde et les cannabinoïdes. Le livre du Dr Franjo Grotenhermen est d’ailleurs pour moi une très bonne base de travail pour ce genre de sujet.

En France, le décret de Juin 2013 autorisant la mise à disposition des cannabinoïdes en pharmacie, n’est pas appliqué : le Sativex par exemple n’est toujours pas, et aucune perspective d’évolution ne semble exister sur le sujet. C’est assez navrant, car pour moi ce décret est un des leviers à l’avancée sur le sujet, qui je pensai m’aurai permis d’étudier le sujet en France….

Il est vraiment dommage que les personnes pouvant en bénéficier n’y accède pas, et c’est également une des bases de mes motivations sur le sujet, cela me pousse à militer. Je suis maintenant très engagé avec l’association UFCM et engage tous mes sujets professionnels sur le cannabis thérapeutique.


Comment verrais-tu la mise à disposition du cannabis médical en France ?

Pour moi le système canadien était vraiment bon : autoculture, bureau d’étude pour les dossiers des malades. C’est un système qui me plairait : permettre à ceux qui en ont besoin de pouvoir autoproduire, mais également d’avoir accès à des produits issus de culture contrôlées et réglementées. Tout cela doit bien sur passer par des normes de qualités et de contrôles importants. Il serait intéressant de mettre en place des dispensaires, et des formations obligatoires sur le sujet pour tous les corps prescripteurs et distributeurs. Tout cela sous le contrôle d’un bureau, règlementant et régulant le domaine, en collaboration avec le gouvernement, afin d’accréditer médecins, pharmaciens et professionnels de santé à distribuer du cannabis médical.

Le modèle californien, me plait moins, car l’aspect médical à été bafoué pour autoriser le récréatif. Je pense que cela serait contre-productif en France.


Fiche synthétique à télécharger sur l’enjeux avec les cannabinoïdes :
Les récepteurs endocannabinoïdes humain et leurs interactions avec les cannabinoïdes


Un mot à rajouter ?

J’espère qu’on va arriver à débloquer cette situation en France, qu’on pourra aider les patients dans l’ombre, à pouvoir enfin être libre. Il est important de pouvoir aider et conseiller de nombreuses personnes qui sont maintenant dans le besoin et l‘interrogation sur le sujet, souvent en dernier recours. Je pense également à une amie qui avait une maman médecin, qui à fait face à un cancer du sein, et qui nous à quitté dernièrement, après avoir a peine commencé l’essai des cannabinoïdes. J’aimerai que les personnes n’aient plus accès ou pensent au cannabis médical qu’en dernier recours, mais que dès le début de leur long chemin contre la maladie, même pour des personnes issues du corps médical, on puisse leur offrir une alternative qui peut fonctionner et que sera plus saine que certains médicaments …

Je vous invite tous à nous rejoindre le 1er Juin 2018 à la Sorbonne, pour le colloque que nous organisons sur le sujet, et d’inviter le maximum de personnes à nous rejoindre. Il est important désormais de tous se mobiliser pour faire avancer les choses en France. Ne pas laisser le choix à des personnes malades de pouvoir se soulager de la façon dont elle le désire, est pour moi contraire à nos valeurs.



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Article tiré du site Hexagone Vert

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